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Tourcoing: Aux origines des Bleus avec Adrien Filez

16 août 2019 - 18:10

La Voix Du Nord Julien Dufurier | Publié le 10/08/2019

 

 

Cet été, nous partons à la découverte de personnages du versant nord-est ayant eu un destin extraordinaire. Quatrième volet avec le Tourquennois Adrien Filez, membre de la toute première équipe de France de football.

 

Adrien Filez est le deuxième joueur en bas en partant de la droite.

  

Pas sûr que les 1 500 spectateurs présents au Vivier d’Oie ce jour-là, aient eu conscience de quoi que ce soit. Le petit stade de la banlieue de Bruxelles est pourtant le théâtre d’un événement historique ce 1er mai 1904. On y joue le tout premier match officiel de l’histoire de l’équipe de France de football et les Bleus, en blanc pour cette première, décrochent un match nul (3-3) face aux Belges.

La rencontre est une initiative du journal l’Auto. Après avoir lancé le Tour de France, ce quotidien sportif ancêtre de L’Equipe, crée encore l’événement, autant pour avoir de choses à raconter que pour justifier son existence de presse sportive. La délégation française a voyagé en train de nuit pour se rendre dans la capitale belge. Elle est rejointe à Bruxelles par un gamin de 18 ans le matin du match ; Adrien Filez est le seul provincial à figurer sur cette toute première feuille de match pleine de joueurs parisiens.

Pionnier du foot

Le Nordiste, joueur de l’US Tourcoing, n’a jamais été dupe, il sait que cette sélection n’est pas seulement liée à son talent mais aussi au fait de vivre près de la Belgique. « Je crois que les dirigeants ont surtout voulu s’éviter des frais trop importants », confiera-t-il dans un entretien réalisé au soir de sa vie à propos de ce match historique.

Le Tourquennois n’est pas non plus là par hasard. Dans le petit milieu du football, discipline balbutiante en ce début de XXe siècle, sa réputation est déjà faite. Il est un des attaquants phares de l’Union sportive tourquennoise (UST) qui figure parmi les meilleurs clubs de l’époque, avec le Racing-club de Roubaix.

 

 

Né en 1885, Adrien Filez a d’ailleurs découvert le ballon rond quand il était élève au lycée du boulevard Gambetta. Achille Beltette y est surveillant général et un professeur d’anglais respecté. C’est lors d’un stage outre-manche que cet enseignant a été séduit par le foot sur l’île où il a été inventé. Il est l’un des pionniers de sa diffusion dans le Nord et Adrien Filez fait partie des premiers initiés, d’abord dans le cadre scolaire puis au sein de l’UST, dont l’équipe est principalement composée d’élèves du lycée tourquennois.

Légion d’honneur

Le premier nordiste à avoir enfilé le maillot de l’équipe de France participe aussi à la diffusion de son sport de prédilection. À 16 ans, il enquille chaque mercredi 70 km à vélo aller-retour pour entraîner des écoliers de Fournes-en-Weppes, au sud de Lille. C’est donc en digne représentant du Nord qu’Adrien Filez honore la toute première sélection de l’histoire. Il en totalisera cinq, dont la dernière lors d’une défaite face au Danemark (9-0) aux JO de Londres en 1908.

 

La guerre 14-18 est passée par là et, comme la plupart des hommes de sa génération, Adrien Filez est mobilisé.

 

Deux ans de service militaire suivis d’une querelle des fédérations, l’empêchent d’en ajouter d’autres. Puis la guerre 14-18 est passée par là et, comme la plupart des hommes de sa génération, Adrien Filez est mobilisé. Il sera d’ailleurs décoré de la Légion d’honneur en 1932 pour sa bravoure au combat. On le retrouve pourtant sur le terrain vers 1917 au sein de l’AS Française à Fontainebleau, lors de rencontres dont l’objectif est avant tout remonter le moral des troupes pendant la guerre. Il évolue alors avec Gabriel Hannot, un autre ancien du lycée de Tourcoing qui a, lui aussi, laissé une trace indélébile dans l’histoire du foot en participant plus tard, comme que journaliste, à la création des coupes européennes et du Ballon d’Or.

Négociant en vin

Adrien Filez, s’il reste passionné et assiste régulièrement à des matchs en Angleterre avec son grand ami Charles Van de Veegaete, s’est tenu plus éloigné de la chose footballistique. Installé rue de la Latte à Tourcoing, il a continué le commerce de négoce de vin fondé par son père, Hector, en 1880 et que la famille Filez fera prospérer par la suite. Il n’en reste pas moins un sportif accompli ; champion des Flandres tennis, de tir à l’arc, pratiquant la course à pied puis la bourle dans la deuxième partie sa vie. Ses vieux jours venus, il déménage à Forest-sur-Marque.

 

 

Lorsqu’il y ferme les yeux pour toujours, en 1965, il est le dernier représentant de la toute première équipe de France à s’éteindre. La disparition de ce pionnier du foot en bleu, ne fait pourtant pas plus qu’une brève dans les journaux spécialisés. L’injustice est réparée des années plus tard, lorsque son petit-fils remet la main sur la casquette reçue par les joueurs du match de Bruxelles.

Ce couvre-chef chargé d’histoire est exposé au Stade de France à l’occasion de la coupe du monde. On est alors en 1998 et les Bleus s’apprêtent à écrire la plus belle page d’une histoire dont Adrien Filez a contribué aux premières lignes.

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